Merci infiniment Monsieur le President, cher Emmanuel,
Nous sommes aujourd'hui ici, les deux organisations internationales et la France avec une vision commune sur ce moment de verite pour l'Afrique.
Nous savons que le chemin de l'Afrique n'a pas ete facile. Les pays africains ont eu, en accedant l'independance, enormement de difficultes, parce que, naturellement, toute la logique des infrastructures, de l'economie, des services sociaux etcetera n'etait pas concue pour le developpement africain, mais concue naturellement pour - et je connais bien ce problme en tant que portugais - pour les interts des pays colonisateurs. Et ca a un poids qui se manifeste encore dans les difficultes que les Africains, auxquelles ils font face.
Mais cette injustice s'est ralliee une autre injustice. C'est que quand les institutions multilaterales qui sont aujourd'hui chargees de la gouvernance, mme si cette gouvernance est limitee au niveau international, les pays africains n'etaient pas encore en majorite independants et tout le dessin des institutions multilaterales a ete fait sans tenir en compte les interts des peuples africains.
On arrive aujourd'hui un moment o, dans la rue, dans le sommet, o il y a une volonte forte des africains de prendre en main leur developpement, la resolution de leurs defis, la mediation de leurs conflits et la valorisation des droits humains.
On a vu l'Afrique definir une zone africaine de libre-echange. On a vu l'Afrique prendre la decision de reformer l'architecture financire africaine, sachant que la reforme de l'architecture financire internationale sera beaucoup plus compliquee. Mais, ce mouvement de mettre ensemble toutes les institutions financires africaines pour garantir que les ressources africaines restent en Afrique et permettent l'investissement en Afrique est une decision d'une importance strategique fondamentale.
Et je crois que ce qui est important ce moment est de tout faire pour que la communaute internationale puisse repondre cette assomption de responsabilite des africains en les appuyant, en reconnaissant les obstacles auxquels l'Afrique fait face.
Quand on a defini l'ecosystme economique et financier global, notamment aprs Bretton Woods, c'est evident que cet ecosystme, avec toutes ses institutions, le Fonds Monetaire, la Banque mondiale et d'autres banques, d'autres institutions de regulation financire, les agences de notation, tout cet ecosystme fonctionne d'une facon qui fait que les marches s'orientent en beneficiant essentiellement les pays developpes et avec des difficultes d'accs, ce qui fait que les pays africains aujourd'hui ont une dette qui s'est aggravee enormement recemment avec des taux qui sont 3 fois le taux de reference. En mme temps on voit que les pays africains ont une difficulte enorme d'accs un capital avec un cot raisonnable. Le cot du capital est extrmement fort pour la majorite des pays africains et que tout le systme, notamment dans la logique de regulation economique et financire globale, ne facilite pas la capacite des africains de resoudre leurs problmes.
Alors, c'est le moment de tout faire, probablement pas pour une reforme profonde du systme financier international, parce que nous savons que c'est une question de pouvoir et le pouvoir lui-mme est peine dissimule, mais il y a un certain nombre de choses qu'on peut faire sans augmenter les depenses budgetaires en creant des ressources qui peuvent tre mises la disposition de l'Afrique, pour soutenir l'effort africain de mobiliser ces ressources.
On a eu l'exemple recent pendant le COVID, de la creation de droits de tirage speciaux. Le problme des droits de tirage speciaux c'est qu'il distribuer en accord avec des quotas, ce qui veut dire que l'Afrique a recu 5 pour cent. Heureusement, par l'initiative de la France et quelques autres, il y a eu une reallocation de quelques centaines de millions. Mais le systme etant soi-mme un systme profondement injuste, mais en tous cas, c'est une possibilite de multiplier les ressources sans avoir de problmes budgetaires.
Si on voit l'aide officielle au developpement. Nous le savons, elle ne va pas monter. Mais un dollar ou un euro, il est mis dans un projet contre un dollar. Mais si un dollar ou un euro est mis dans le capital d'une banque multilaterale, par exemple la Banque africaine de developpement, ca vaut sept ou huit dollars. Alors, en re-augmentant l'aide au developpement, en privilegiant la recapitalisation des institutions financires internationales, et aprs il y a d'autres mecanismes qu'on peut aborder dans cette logique, qui font multiplier les ressources qui sont la disposition des pays africains.
D'ailleurs, quand on parlait des droits de tirage speciaux, s'ils allaient sur la distribution qui a ete faite par le Fonds Monetaire - un dollar c'etait un dollar, si ca avait ete fait par les banques multilaterales, il y aurait eu plus de dollars.
Et il y a un certain nombre d'autres mecanismes qui permettent de multiplier les ressources la disposition sans creer de depenses additionnelles et mme sans tre alles au fond des injustices structurelles du systme economique et financier.
Je sais que la France va diriger une reunion du G7. Je connais parfaitement le climat actuel au sein du G7. Je sais que le President Macron aura beaucoup de difficultes convaincre quelques-uns de ses partenaires retablir la justice financire internationale, mais je crois que le G7 sera probablement ouvert prendre des mesures qui ne cotent rien et qui peuvent augmenter d'une facon trs importante l'action du G7.
Une autre chose qu'on peut faire pour multiplier les ressources, c'est de donner (inaudible) des garanties qui cotent beaucoup moins mais qui permettent la mobilisation de l'investissement et de la finance.
Alors, je crois que nous sommes dans un moment qui est un moment cle. Il y a une Afrique qui est capable d'assumer une strategie pour son developpement et il faut tout faire, mme avec le realisme de ceux qui savent qu'il y a des miracles qui ne vont pas tre possibles, mais il faut tout faire, sans mettre en cause le systme, augmenter de facon significative, l'aide internationale l'Afrique.
Et le moment est encore plus important parce que l'Afrique sera la premire victime de la crise du Moyen-Orient.
Nous avons fait une analyse des impacts globaux avec 3 scenarios : ouverture immediate (du detroit d'Hormuz), ouverture en fin de semestre, ouverture en fin d'annee. L'ouverture immediate aura dej des consequences graves du point de vue du ralentissement de la croissance et de l'augmentation de l'inflation. Il nous faudra au moins deux ou trois mois pour que les equilibres se retablissent dans le fonctionnement des marches. Mais les statistiques, en moyenne, ne veulent rien dire, parce que le continent africain est pratiquement, est le plus vulnerable et les economies africaines les plus fragiles, donc les impacts en matire d'inflation en matire de difficulte d'accs l'energie produite par les combustibles fossiles, dans l'accs aux engrais. Ces difficultes d'accs sont bien plus grandes pour l'Afrique, les cots sont plus eleves, l'inflation sera plus dure et l'impact sur la dette et sur les finances publiques sera plus dramatique en Afrique que dans d'autres regions.
C'est une raison additionnelle pour tout faire pour appuyer le continent africain dans ce moment particulirement difficile.
Et n'oublions pas, nous n'avons aucune garantie que ca va s'arrter aujourd'hui et l'analyse que nous avons faite pour la fin de l'annee nous dit qu'il y a un risque de recession mondiale avec des consequences qui seraient absolument effrayantes (inaudible).
Alors, je crois que c'est la responsabilite de nous tous de tout faire pour finir ce cauchemar qui vient de toute la crise au Moyen-Orient, mais en particulier du fait de la circulation sur le detroit d'Hormuz (inaudible).
Je voudrais exprimer au President de la Commission de l'Union africaine toute ma solidarite et tout notre appui et je voudrais remercier la France parce que, quand on a discute, notamment dans le Pacte du futur, des reformes qui sont necessaires dans le Conseil de securite et dans les agences internationales de developpement, l'architecture financire internationale, la France a ete un des pays developpes qui s'est battu et qui a reussi convaincre d'autres pays pour que le Pacte soit accompli. Alors, quand on voit un pays developpe qui a conscience de l'importance du continent africain, c'est magnifique.
Merci
Source: UNECA














